La position d’apprenante

Pour en avoir discuté avec mes camarades de la formation e-formateur à Evocime, j’ai constaté que le fait de redevenir apprenant(e) n’était pas chose aisée pour la plupart d’entre eux. Certains le vivent comme une sortie de leur zone de confort, parfois violente.

Je dois reconnaitre, à l’inverse, que ce point ne m’a absolument pas posé problème. J’ai l’habitude, depuis longtemps, de me mettre volontairement en position d’apprenante pour me former sur divers sujets et technologies.
J’ai même poussé cette logique à l’extrême en reprenant mes études en master Cultures et Métiers du Web en 2014. Alors âgée de 32 ans, je suis redevenue étudiante auprès de personnes ayant pour la plupart 10 ans de moins que moi. On m’a souvent demandé avec curiosité comment je vivais ce retour à la fac, et j’ai à chaque fois été surprise d’entendre mon interlocuteur conclure : «  Je ne sais pas comment tu fais, moi, je ne pourrais pas »

.

La réponse est simple : j’aime apprendre. J’espère d’ailleurs continuer à le faire ces prochaines années, et pour le restant de ma vie. Je pense que l’on peut rester un perpétuel apprenant, pour peu que l’on ait cette envie d’apprendre, d’évoluer, de progresser, de ne pas rester sur ses acquis.

Changement de posture

Par ailleurs, je suis convaincue qu’un bon formateur se doit de se placer de temps en temps en position d’apprenant. Cet aller-retour entre les deux postures permet en effet de mieux comprendre le fonctionnement des apprenants et de développer notre empathie à leur égard.

J’en ai pris conscience quand j’étais à l’université, il y a 15 ans, avant de devenir professeur des écoles. J’apprenais alors les bases du japonais, et nous lisions quelques courts textes en hiragana. J’ai à ce moment-là retrouvé cette sensation frustrante que je n’avais pas connu depuis l’époque du CP,  alors que je déchiffrai le texte et ânonnai péniblement les mots écrits sur la page, bien trop lentement à mon goût. J’avais alors compris que les lecteurs aguerris ne déchiffrent pas vraiment les mots mais les reconnaissent visuellement (à moins de tomber sur un mot inconnu, auquel cas le processus de décodage reprend alors le dessus).

Ce changement de rôle m’a été très utile et m’a permis de développer mon empathie envers les apprenants. A chaque fois que je me suis sentie agacée par la « lenteur » d’un élève, j’ai fait appel à ce souvenir afin de me rappeler que ce qui semble évident quand on en a l’habitude peut s’avérer incroyablement compliqué pour un novice.

La position de formatrice

Si j’ai retrouvé sans peine le rôle d’apprenante, j’ai également retrouvé mes marques en tant que formatrice – ou professeur. J’ai en effet trouvé beaucoup de similitudes entre le rôle du formateur et celui de professeur des écoles :

A partir d’un programme établi et d’objectifs définis, nous devons découper les apprentissages en séquences et séances. Il faut réfléchir aux activités, aux interactions, à la différenciation, aux évaluations, aux remédiations. Créer les supports de cours et rédiger des consignes claires et détaillées pour les activités. Se mettre à la place de l’autre, de celui qui apprend, pour mieux le comprendre et donc mieux communiquer avec lui. Transmettre le savoir en mettant l’élève/apprenant au cœur de ce processus, le rendre actif. Encourager. Répéter et reformuler, souvent.

En présentiel, de la même façon, il faut gérer le groupe, interagir avec les élèves/apprenants, observer leur langage non verbal, les rendre actifs à l’aide d’interactions, d’activités, être attentif aux signes d’ennui et adapter le cours si besoin.

Quelques différences

On le voit, les points communs sont donc nombreux.

A mon sens, la principale différence réside – outre la nature même des connaissances transmises – dans la relation individuelle : en effet, les apprenants sont des adultes. La relation interpersonnelle doit donc rester plus neutre, plus « professionnelle », à la différence de celle avec de jeunes élèves, dont le mode de fonctionnement est souvent basé sur l’affectif, d’autant plus quand on les côtoie sur une longue période (comme une année scolaire de 10 mois).

L’autre différence réside dans la « surcouche » digitale qu’implique le métier d e-formateur. En effet, interagir en classe virtuelle est un tout autre exercice que d’enseigner en présentiel et nécessite donc un temps d’adaptation et d’autres façons de procéder. Sans même parler des problèmes techniques, qui peuvent être fréquents en classe virtuelle, le fait d’être à distance et donc de ne pas avoir accès au langage non-verbal des apprenants, par exemple, rend compliquée la détection des signaux d’ennui et de décrochage. Il faut donc anticiper cela en ajoutant davantage d’interactivité et d’interactions, avec des actions tutorales par exemples.